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L’arme nucléaire rend-elle le monde plus sûr ?

« Le changement climatique est peut-être la question de politique mondiale qui a suscité le plus d’intérêt au cours de la dernière décennie, mais le problème des armes nucléaires est au moins aussi important en termes de gravité – et beaucoup plus immédiat dans son impact potentiel » affirmait la Commission internationale sur la non-prolifération nucléaire et le désarmement en 2009. En effet, les effets catastrophiques des armes nucléaires sur notre santé, nos sociétés et l’environnement doivent être au cœur du débat sur le désarmement nucléaire. Une centaine d’accidents dans le nucléaire militaire ont été enregistrés dans le monde.

Au vu de la programmation de Filmer à tout Prix « Do (Not) Look at the Flash », le Causes Toujours a souhaité donner la parole à Agir pour la Paix, qui mène notamment un travail de sensibilisation sur la question de la présence des armes nucléaires en Belgique, sur le rôle et les dérives de l’OTAN, sur les nouvelles technologie de l’armement, sur les dépenses militaires, sur le lobbying de l’armement, sur les mouvements activistes en Belgique, sur l’action directe non violente, la désobéissance civile, la démocratie directe,… Éclairage. 

Bien que la question mérite un exposé certainement plus long que celui-ci, essayons, brièvement, d’exposer certains faits majeurs, et ce, sans entrer dans des considérations philosophico-stratégiques. L’arsenal nucléaire mondial compte aujourd’hui plus de 17,000 têtes nucléaires1. Cela peut paraître bien peu au regard de ce qu’il a été au pire de son histoire. Néanmoins, regardons ce que représente potentiellement le pouvoir de destruction du seul arsenal nucléaire étasunien. Rappelons-le, celui-ci est aux mains de Donald Trump, qui d’un coup de tête, peut décider d’appuyer sur le « bouton rouge ». Heureusement, celui-ci est bien connu pour sa tempérance.
L’arsenal américain compte 4,000 têtes nucléaires dont 2,000 déployées c’est-à-dire prêtes à partir à tout instant. Selon les experts militaires, l’annihilation d’un quart d’une population nationale suffit à détruire une société entière et son pays. Avec leur arsenal2, les États-Unis pourraient en l’espace de quelques minutes détruire la Lybie avec 10 têtes nucléaires, la Syrie avec 11, l’Irak avec 24, la Corée du Nord avec 32, l’Iran avec 90, la Russie avec 147, la Chine avec 789 et après cela, il leur en resterait encore 2,897. Cela ne tient bien évidemment pas compte des personnes décédant par manque de soins, de la maladie des radiations, de manque d’approvisionnement, des cancers liés aux radiations sur long terme, etc

Cela ne tient pas plus compte de l’impact climatique mondial. En effet, les dernières études en date montrent qu’un conflit nucléaire régional entre l’Inde et le Pakistan, scénario plus que probable au vu du contexte géostratégique actuel, serait catastrophique pour l’humanité et par extension pour toute forme de vie sur terre. Ces deux pays possèdent moins de 0,5 %3 de l’arsenal mondial. Néanmoins un conflit nucléaire entre eux aurait des conséquences dramatiques, suite aux dégagements de différents types de poussières dans l’atmosphère. Premièrement, une diminution de la température moyenne de la terre de 1,25°C pendant des années et après 10 ans nous aurions toujours un déficit de 0,5°C. La température des océans serait impactée jusqu’à 100 mètres de profondeur et ce pour plus de 25 ans. Deuxièmement, le niveau de précipitation diminuerait de 30 à 40 % avec des conséquences désastreuses sur l’agriculture. Ce même niveau de précipitation pourrait même diminuer de 80 % sous les latitudes soumises à la mousson, et celle-ci est essentielle aux écosystèmes qui y sont soumis. De plus, la fumée présente dans la stratosphère provoquerait des réactions chimiques complexes qui conduiraient à une destruction massive de la couche d’ozone. Globalement, compte tenu uniquement des impacts environnementaux de cette guerre régionale, celle-ci mènerait à une famine mondiale avec pour conséquence de mettre, sur l’ensemble de la planète, plus de deux milliards d’êtres humains en danger de vie et de mort4

Voilà pourquoi il est plus urgent de s’atteler à construire un monde sans armes nucléaires, au-delà des déclarations vides de sens de nos responsables politiques. Voilà pourquoi il est essentiel que nous, citoyennes et citoyens, nous nous mobilisions sur cette question. Voilà pourquoi Agir pour la Paix a lancé sa campagne Nuke Free Zone5 dont les demandes sont simples mais certainement sans concession.

La Belgique doit exiger le retrait des armes nucléaires étasuniennes présentes sur son territoire ; la Belgique doit signer et ratifier le Traité d’interdiction des armes nucléaires. Oui, cela existe ; la Belgique doit prendre un rôle majeur dans la construction d’une Zone exempte d’armes nucléaires en Europe. Oui, cela existe et une grande partie du monde l’est déjà.

Jérôme Peraya

Agir pour la Paix

1https://fas.org/issues/nuclear-weapons/status-world-nuclear-forces/

2https://www.nytimes.com/interactive/2017/10/26/opinion/trump-nuclear-arsenal.html

3Helfand, I. (november 2013). Nuclear Famine: Two billion people at risk? Via http://www.ippnw.org/pdf/nuclear-famine-two-billion-at-risk-2013.pdf

4Quelques unes des études publiées sur le sujet :
Baum, S. (29 may, 2016). The risk of nuclear winter. Via https://fas.org/pir-pubs/risk-nuclear-winter/
International Bussines Times, (february 2013). Bengal Famine Of 1943: A Man-Made Holocaust. Via
http://www.ibtimes.com/bengal-famine-1943-man-made-holocaust-1100525
Mills, M. J., O. B. Toon, J. Lee-Taylor, and A. Robock (2014). Multidecadal global cooling and unprecedented ozone loss following a regional nuclear conflict. Earth’s Future, 2, 161–176, doi:10.1002/2013EF000205. Via http://climate.envsci.rutgers.edu/pdf/MillsNWeft224.pdf
Robock, A. & Toon, O. B. (2012) Self-assured destruction: the climate impacts of nuclear war. Via http://climate.envsci.rutgers.edu/pdf/RobockToonSAD.pdf
Toon, Owen B., Richard P. Turco, Alan Robock, Charles Bardeen, Luke Oman, and Georgiy L. Stenchikov, 2007: Atmospheric effects and societal consequences of regional scale nuclear conflicts and acts of individual nuclear terrorism. Atm. Chem. Phys., 7, 1973-2002.