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Kosmos de Ruben Desiere

Gesu, reviens parmi les tiens

Lauréat de la Wild-card 2014 octroyée par le VAF (Vlaams Audiovisueel Fonds) , Ruben Desiere signe un premier long métrage troublant, où fiction et réalité se confondent habilement, apportant ainsi un autre regard sur le célèbre squat « le Gesù ».

Le Gesù était l’un des plus grands squats d’Europe, installé dans un ancien couvent bruxellois. Il abritait jusqu’à sa fermeture en novembre 2013 près de 250 personnes de toutes origines; artistes, activistes, sans-papiers… Ruben Desiere décide d’y tourner un film avec certains occupants, basé sur le roman Cosmos de Witold Gombrowicz. Mais la menace d’une expulsion prochaine enfle, et la réalité rattrape la fiction.

Kosmos se focalise sur des Roms slovaques, Kevin Mroč et sa famille, qui y vivent depuis trois ans ainsi que sur deux nouveaux arrivants Mižu Balász et Rastjo Vaňo. Comme dans le livre de l’écrivain polonais, les jeunes hommes découvrent dans le bâtiment un pigeon pendu à une patte. Qui a fait cela et pourquoi? Kevin et ses deux compères décident de mener l’enquête. Le réalisateur suit de très près ses personnages dans un style qui n’est pas sans rappeler l’Elephant de Vant Sant. L’enquête, qui n’aboutira jamais, est l’occasion pour Ruben Desiere de capter des fragments de leur vie quotidienne: la solidarité entre habitants, les chaleureuses soirées familiales autour d’un verre ou le désarroi du père face à l’absence de travail et de perspective. Mais l’inéluctable arrive vite, trop vite. L’expulsion est immédiate, on se presse pour trouver un refuge à quelques meubles, on sauve les vêtements chauds pour affronter l’hiver. Desiere, lui, est toujours aussi proche de ses personnages mais le dispositif a changé, bousculé par l’urgence du réel. Les forces de l’ordre pénètrent dans le lieu signifiant la fin du Gesù et à la colère désespérée du père répond le calme du fils.

Décrivant Cosmos, Gombrowicz disait que c’était « un roman sur la formation de la réalité ». Si la fiction finit par disparaître devant le réel, Kosmos mêle adroitement ces deux éléments comme dans cette scène où, après avoir découvert le cadavre du plus urbain des volatiles, Kevin s’interroge: « Pourquoi ont-ils fait ça? Pourquoi ne nous laissent-ils pas tranquilles ? »

 Léo Dupont

Publié sur le site Cinergie.be le 10/02/2015