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RADIO CLASH – La radio pour redonner le goût d’apprendre

Fondé par Vincent Dascotte, Radio Clash, est un atelier radiophonique qui s’adresse aux jeunes en lourd décrochage scolaire. L’atelier se déroule au sein de l’école Escale sur le site de l’Entreliens. Face aux contraintes de temps et de motivation liées au milieu dans lequel évoluent les participants, des techniques d’animation pour amener rapidement à la réalisation de capsules audio ont été développées.

Le projet radiophonique de Vincent Dascotte commence au centre thérapeutique pour adolescents (C.Th.A), aux cliniques universitaires Saint-Luc, avec ces 2 questions : Comment importer l’outil radio dans un milieu clos comme le milieu hospitalier  ? Comment travailler avec des adolescents qui ne vont psychiquement pas bien ? Une réflexion est menée avec un socio-thérapeute et rapidement l’atelier est lancé de manière assez improvisée et avec peu de matériel. Il leur faut inventer des concepts et des pratiques. Pour ces adolescents, les objectifs doivent être clairs et concrets. Se lancer dans une production qui mettra deux ateliers ou plus à se réaliser n’est pas possible. Du moins pas tout de suite. C’est ainsi que le 2x2x2 est inventé. En deux heures, par groupes de deux, une capsule de deux minutes est créée. Ils reprennent et adaptent en un temps de travail court les formats qu’ils connaissent et qui sont diffusés sur France Inter, France Culture ou encore FIP.

Par exemple, les éphémérides de Frédéric Pommier sur France Inter ont été une source d’inspiration pour un type de capsule. Par binôme, les participants désignent une date et cherchent sur internet ce qui s’est passé ce jour-là à travers les ans. Parmi tous les événements, ils en choisissent trois. Le premier est fort développé, le second un peu moins, le troisième juste évoqué. En deux heures, la chronique est écrite, les voix enregistrées, des bruitages et extraits de films téléchargés pour illustrer le propos, et le tout est monté et mixé. La séance est intense. Mais la limite de temps développe la créativité. Le format cadré permet d’arriver plus rapidement à des résultats. Pas de discussions longues et stériles sur le choix du thème, celui-ci est décidé d’avance, tout en laissant une marge de liberté.

Après 3 années passées au C.Th.A., Vincent déménage de quelques mètres et continue son atelier à l’Entreliens, une école qui s’inspire de la pédagogie Freinet, fréquentée pas des adolescents psychologiquement fragiles et en lourd décrochage scolaire. L’objectif est de raviver la flamme qui les a quittés et leur redonner le goût d’apprendre en leur proposant de nouvelles manières d’acquérir des savoirs. C’est dans ce cadre de pédagogie par projet que s’inscrit Radio Clash.

Ce n’est pas de leur propre volonté que les participants ont décidé de suivre cet atelier. Il a été imposé par l’école. Dès lors, la méthode est de leur faire le moins possible sentir la contrainte. « Un jeune qui veut se barrer se barre, on essaye de créer une atmosphère où ils se sentent libres de leurs actes » explique Vincent Pour ça, chacun à la possibilité de trouver la place qui lui convient. Car la radio ne se résume par à parler devant un micro. C’est également faire du montage, du mixage, de la recherche de sons, de la prise de son, de l’écriture. « Il y avait une adolescente qui avait une culture musicale riche et variée. Elle ne s’occupait que de la recherche musicale des émissions. Elle y trouvait son compte, ça lui suffisait».

Chaque atelier commence pas un bain sonore de 10 minutes afin d’apprendre à écouter. Ensemble, ils déconstruisent ce qui a été entendu, repèrent les techniques de montage et les astuces scénaristiques. L’objectif est aussi de développer la culture radiophonique de ces jeunes, et leur permettre de s’inspirer et adapter ce qui a été entendu. Chaque mois, une émission pré-montée de une heure est diffusée sur Radio Panik. La dernière s’inspire ouvertement de l’adaptation radio par Orson Welles de la Guerre des Mondes de H.G.Wells. Sous la forme d’un faux-direct, on suit l’invasion de Bruxelles par des morts-vivants. Avec des reporters sur place, des dépêches qui tombent, des problèmes de transmission, etc. Dans l’émission de décembre, ils découvrent le Hall Maximilien, rencontrent les réfugiés qui y vivent et tiennent une correspondance audio avec des réfugiés de Calais. Killian 16 ans et Tanguy 13 ans ont enregistré des questions qui ont été transmises aux migrants via Eric Callens qui s’y rendait tous les mois. Il est ensuite revenu avec un enregistrement des réponses de quelques habitants du camp.

Si la radio a un aspect ludique, elle a également une vertu pédagogique. La fiction développe l’imagination et l’écriture. Elle permet de réfléchir à la narration, à comment rendre un texte audible, moins littéraire et plus oral. Le débat permet de structurer la parole et perfectionner l’argumentation. Le montage d’un micro-trottoir permet de réfléchir à quels extraits garder et comment dynamiser le montage grâce à la musique. L’écriture d’une chronique implique de rechercher des informations. Avant de parler aux autres d’un sujet, il faut le connaître soi-même.

La radio est aussi thérapeutique. L’adolescence est une période de recherche et de construction de son identité. « Nous tentons d’instaurer un espace d’échange, un climat de partage et de confiance capable de faire émerger de la réflexion et de la parole chez des jeunes qui n’en ont plus, s’en privent ou s’en moquent ». Par la radio, la parole redevient importante, audible. Elle la rend plus forte et plus puissante. L’estime de soi se grandit et s’affirme. « Les adolescents qui s’expriment par la radio acquièrent un statut nouveau et leur image s’en trouve largement valorisée tant aux yeux des autres adolescents qu’à leurs propres yeux ».

Isabelle Tonglet