2. Module Rate Me

Enjeux

Nous le constatons chaque jours sur le terrain, le citoyen lambda face à son mur Facebook ne sait plus à qui se fier. Le pire y côtoie le meilleur et c’est un algorithme qui nous y sert la soupe sans que l’on puisse savoir comment, pourquoi et si il y a des épices. Et qui a payé pour les y mettre.

Le changement de paradigme de l’ère de l’information à l’ère de la réputation doit être pris en compte lorsque nous essayons de nous défendre contre les « fausses nouvelles » et d’autres techniques de mésinformation et de désinformation qui prolifèrent dans les sociétés contemporaines.

À l’ère de la réputation, nos évaluations critiques ne devraient pas tant porter sur le contenu de l’information, mais plutôt sur le réseau social des relations qui a façonné ce contenu et lui a donné un certain  « rang » mérité ou non mérité dans notre système de connaissances.

La valeur d’une information, d’une donnée, ne réside plus tant dans son contenu que par son contexte, par les filtres par lesquels elle est passée : qui l’a postée ? où ?, qui l’a vérifiée ?, qui la re-publiée ?, y-a-t-il de l’argent autour de la publication ?, quels étaient les groupes ciblés par la publications initiale ?, ….  C’est le genre de facteur qu’utilise Facebook pour trier les contenus qu’il nous adresse…. Plus une info passe de filtres, plus elle doit avoir de la valeur. Plus le contexte dans laquelle elle nait est détaillé, plus elle est valable. (reste à savoir pour quel destinataire …)

Et il en est ainsi pour bon nombre de choses ; la réputation prime. Comment choisissons-nous dorénavant un restaurant, un film, un hôtel, … ? Nous regardons les petites étoiles qui indiquent combien de personnes ont voté et quelle note sut cinq a été attribuée à la chose. Certain systèmes complexes reposent entièrement sur ces évaluations ( Ebay, Ali-baba, et bientôt la Chine entière).

 

Au-delà de la sphère informative ou économique, c’est tout un modèle de consommation et de société qui se met en place. A travers la quantification massive de nos relations (sociales, économiques, politiques, …) et via des appareils sans cesse plus nombreux et « intelligents » (caméra, voitures, frigo, téléphones, banques, etc.) nous mettons doucement en place un société qui sanctuarise le vote personnel ( et plus seulement celui des journalistes, décideurs et autres VIP’s influenceurs d’autrefois) et promet ainsi une société algorithmique en apparence démocratique. Mais tout cela repose sur des systèmes, des technologies qui n’ont rien de neutres.

 

Internet / le cloud / l’Intelligence Artificielle / L’Internet des Objets / la robotique / la domotiques / la blockchain / les cryptomonnaies / le peer2peer / le machine learning /

Autant de technologies émergentes qui promettent de transformer le monde pour le meilleur ou …..

 

Ces ‘progrès’ technologiques, les innovations déployées à l’échelle d’une commune, d’une région ou d’un pays devraient faire l’objet de débats publics. C’est rarement le cas.  Les vrais enjeux démocratiques qui se cachent derrière ces technologies sont souvent ignorés ou intentionnellement mis sous le tapis (pensons juste à Internet …)

Le Gsara-Charleroi a donc entamé des animations de réflexion et d’expression autour de ces enjeux hautement politiques. Faisant œuvre de vulgarisateurs techniques, les animateurs débattent de grandes questions posées par les technologies citées plus haut. Ils tentent de pousser les participants à se positionner et à expliquer leur choix. (voir le résultat de notre premier groupe « Rate Me »)

Nous ne pouvons ici qu’insister sur l’importance de l’enjeu politique global qui sous-tend ce type d’éducation aux médias : transmettre aux citoyens la culture et les moyens de comprendre le monde digital qui se construit avec, en ligne de mire, la participation à une gouvernance algorithmique sans doute inéluctable…. ( article : https://siecledigital.fr/2018/09/04/gouvernement-algorithmique-vers-la-fin-du-politique/ )

Étapes d’animation

A l’intérieur du groupe, nous mettons en place un module expérimental de notations sur cinq étoiles. On se met à noter une multitudes de choses ( les personnes, les relations avec les personnes, l’animateur, la qualité du repas, l’intérêt de la pause-clope, l’intérêt d’une plateforme web, les commerces de l’entité, …)

A la fin de l’animation, on se retrouve avec un jeu de données assez intéressantes. Et un classement des participants, bien entendu. Cela éclaire sur les systèmes politiques, les relations personnelles, les dynamiques collectives, ….   Mais aussi un historique des votes et des comportements électoraux par personne ou pour le groupe entier, on peut noter des choses sur un territoire (des commerces, par exemple), des choses qui concernent Internet,..

Chaque groupe à ses spécificités et ses contraintes et nos programmes sont adaptables. Mais voici un programme très chargé proposé pour une animation « Rate-me » répartie sur cinq jours complets, une vingtaine d’heures.

 

J1 :

 – Parler du projet de contrôle social chinois. (sesame credits)

– Vision d’un épisode de la série Black Mirror (S03E01)

– exercice de cotation personnelle et de groupe. ( évaluation à chaud / à froid / obligatoire / volontaire / …)

– Discussion sur les critères de quotation

-Discussion sur les habitudes online des participants

J2 :

-écriture de notre algorithme de quotation.

– Reconnaissance sur Google Maps puis balade dans la commune

– Notation de plusieurs établissements commerciaux du quartier (sur Trip Advisor, Google, etc)

J3 :

– réalisation du travail choisi, encaissement de l’argent, quotation de l’employeur et dépense du salaire sur un site de commerce ;

-Quotation du vendeur, quotation de la transaction. 

S’il reste du temps, nous-nous intéresserons aux bots et/ou à la blockchain.

J4 :

-Facebook, fake news, fact chacking etc …

– le rôle du journaliste dans les démocraties occidentales

– quels contre-pouvoir en action dans le monde digital ?

– essai d’écriture d’un algorithme de cotation « subversif »

J5 :

– Inscription sur  credo360, création d’un personnage virtuel d’expérimentation (paypal etc …).

-Discussion sur les plateformes de services et sur les phénomènes d’ « uberisation » en cours aujourd’hui.

 -Recherche de travail en micro tâche sur reddit / Mechanical Turk / codeur.com /  ….

 

Voir également : https://www.gsara.tv/charleroi/sites_d_ateliers/rateme/