Big Data et vie privée

Envoyer un mail, chercher une adresse, liker une page Facebook, regarder sa série préférée… Chaque fois que nous utilisons Internet, nous fournissons un très grand nombre d’informations.

De plus en plus de services, autrefois assurés par des institutions, organismes,  fonctionnaires,…  sont maintenant remplacés par de simples opérations clients-serveurs : Paiement bancaire, abonnement train et bus, état civil, déclaration d’impôts, demande d’ordonnance à la police,  dossier médical global, etc.

De plus, votre voiture, votre téléphone, votre frigo et la gamelle du chat sont désormais connectés aussi…
La récolte et le croisement de toutes ces données digitales permet d’en savoir plus sur vous, sur vos habitudes, vos besoins….sur nous, nos outils communs, nos  comportements, notre moral, nos amitiés, nos faits et gestes.

La question se pose donc avec acuité en 2018 : que faire de ces données et comment encadrer leur utilisation par l’Etat, les entreprises et les citoyens ?

(voir aussi nos archives : Les Assises du Big Data : Souriez vous êtes fichés ! (2013) , We believe, ils assistent (2015)Mesures liberticides pour lutter contre le terrorisme? 2015 , Big Data ou la tyrannie du réel – Entretien avec Antoinette Rouvroy 2015 , Surveillance Self-Defense 2015, Moteurs de recherche : le règne des Cyclopes à œillères 2015 , Blockchain 2016, … )

C’est la question que nous avons abordée avec un groupe de citoyens ouverts à la discussion sur le sujet mais néophytes quant aux questions techniques et aux enjeux légaux de cette histoire. En collaboration avec Article27-Charleroi et Quai 10 ainsi que l’Espace Citoyen de Gosselies, nous avons abordé cette thématique à travers un film « grand public » actuellement à l’affiche : « The Circle », avec Emma Watson et Tom Hanks.

Le film a peu de valeur en soi. Autant du point de vue cinéma que de la manière dont il évite les questionnements les plus politiques de cette thématique. Il reste accroché aux implications personnelles du phénomène « vie privée en danger » et n’aborde pas l’aspect social ou légal de la transformation digitale qu’il illustre au travers de cette entreprise nommée « the Circle ».  Derrière le titre, on comprend très facilement que l’on parle des Gafas et spécialement d’Apple et de Facebook.

Après une courte séance de « grammaire du cinéma », nous avons décortiqué le film, puis les thématiques qu’il abordait et la façon dont elles sont vécues par les personnages. Nous-nous sommes ensuite penchés sur nos propres pratiques digitales; essayant de considérer ce que l’on choisit de montrer ou pas sur les réseau sociaux et pour quelles raisons ? A partir de ces réflexions, nous avons esquissé notre définition de « la vie privée ».

Une notion qui devient plus difficile à cerner lorsqu’entrent dans la danse l’Etat (qui génère et gère des données vous concernant) et le secteur privé ( qui est friand de données personnelles pour son bizness et qui cherche à les utiliser dans une perspective publicitaire et donc in-fine, de vente ).  Quelles données sommes nous prêts à laisser circuler pour quel bénéfice ?

Il est apparu très clairement que quand nos données sont collectées et utilisées à des fins d’organisation et d’optimisation de « services publics » ( horaires de bus, imposition, calendriers culturels, médecine, …) nous sommes prêts à donner un peu de cette « vie privée ». Mais à condition d’anonymiser au maximum les databases et d’encadrer les pratiques de croisement de données. ( pas question que le gérant du Mestdagh sache que l’on a fait de la prison, par exemple)

Quand nos données sont collectées et utilisées sans transparence et dans un but pécunier, la plupart des participants déplore ces pratiques. Mais la frontière public/privé est floue, poreuse et certains cas d’utilisation peuvent poser bien des questions :  une commune peut-elle revendre des données au secteur privé ? Peut-elle même les transmettre à  certains acteurs sur son territoire comme aux medecins, asbls, supermarchés, ….?

La « vie privée » n’est donc pas la même notion pour tous, selon que l’on soit timide ou extraverti, client ou marchand, citoyen ou collectivité. C’est une notion mouvante et personnelle à chacun. Et décider formellement ce qui en relève ou pas est un exercice vain. Ainsi décider ce qui doit rester privé et ce qui peut être publié et/ou utilisé est l’affaire de chacun, de manière personnelle et unique.

 

C’est ce qu’à bien compris et tente de nous expliquer l’Union Européenne qui a pris les devants en cette année 2018 et qui fera dès le 25 mai prochain appliquer son nouveau règlement relatif aux données personnelles : le RGPD.

Avec cette nouvelle réglementation, l’Europe nous pousse, citoyens, à nous envisager chacun comme le courtier de nos données. A nous de décider quelles données peuvent circuler et pour quel bénéfice. Si le traitement ou la publication de données nous concernant nous déplaît, nous pourrons dorénavant demander leur retrait ou leur correction. Le nouveau règlement imposera donc aux entreprises une séries de règles de sécurité et de sévères amendes en cas de manquements. On peut donc espérer à moyen terme que la situation actuelle s’améliore sensiblement en termes de « contrôle de nos données » et que notre citoyenneté s’en trouvera renforcée avec une idée plus claire de ce qu’est une  « donnée privée », sa valeur et son utilité.

 

En tant que citoyens, nous, animateurs et participants, avons voulu mieux comprendre ce nouveau phénomène induit par le numérique. Un phénomène qui nous touche au plus intime mais qui implique également la collectivité dans ce qu’elle a de plus public et d’universel.  C’est une réflexion ardue et ce n’est pas la relecture des anciens grecs ou la littérature sur les luttes sociales du XXe siècle qui nous aideront à y voir plus clair !

Nous avons donc complété notre réflexion par l’apport du questionnement soulevé par le spectacle NODDLE BRAIN de la compagnie Arts-Nomades pour tenter d’aller plus loin.

Ci-dessous, une capture du diaporama que nous avons utilisé pour structurer notre intervention dans cet atelier. Il comprend des images et de nombreux liens pour accompagner l’animation. Vous pouvez également télécharger cette présentation au format Microsoft .pptx ICI ou en .PDF ICI

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